#ConfinementJour16 – Partage de lecture du roman  » 2152  » – Chapitres 43 et 44

© Paul Maraud, 2018, pour le texte. Tous droits réservés.
© Éditions Semis de mots, 2018. Bordeaux – Nouvelle Aquitaine
Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, décembre 2018.
Dépôt légal : décembre 2018

 

 

2152

Deuxième période

« Lancez le programme de clonage ! »

Le plan « OCÉAN »

 

         Le visage du Grand Maître apparaissait en grand sur l’écran. Les sept sages écoutaient ses propos avec attention. Plus il parlait, plus leurs craintes se confirmaient. Ses paroles étaient inquiétantes. Ils avaient l’impression d’être en face d’un illuminé, un fanatique, peut-être un fou…

— Monsieur ? interrogea la sage Betty Falway… Pourriez-vous nous expliquer quelles sont vos intentions, vis-à-vis du peuple-miniature ?

— Je vous prie de m’appeler « Grand Maître », s’il vous plaît…, répondit, offusqué, Anikeï Bortch, devant le robot qui servait d’intermédiaire.

— Grand Maître ? reprit-elle à contrecœur… Comment comptez-vous cohabiter avec les hommes-miniature ?

— Cohabiter avec vous ? s’étonna-t-il… Mais, qui parle de cohabiter ?… Nous avons fait des choix différents et nos routes vont bientôt se séparer…

— Que voulez-vous dire ? demanda la sage Betty Falway.

Anikeï Bortch se retourna vers son second et lui fit un signe de la main. GLIC filma Number one qui se dirigeait vers une imposante plaque en verre, représentant la projection cartographique du globe terrestre. Il appuya sur un interrupteur et celle-ci s’illumina. Les sages pouvaient apercevoir l’étendue bleue des océans qui, depuis la fonte régulière de la banquise, suite au réchauffement climatique, recouvraient, à ce jour, les huit dixièmes de la planète. Sur les continents, un trait fluorescent orange délimitait les soixante-dix régions du peuple-miniature. Les 970 000 QG étaient symbolisés par un point rouge.

— Comme vous pouvez le constater, commenta le Grand Maître, ce planisphère me permet de localiser très précisément, par ces petites lumières rouges, l’ensemble de vos cités. Elles sont censées changer de couleur dans les prochaines semaines… Lorsqu’un QG prendra la teinte verte, cela signifiera qu’il aura été rayé de la carte… Autrement dit, qu’il n’existera plus !

GLIC retransmettait le sourire satisfait d’Anikeï Bortch sur l’écran du comité des sages. Les représentants du peuple-miniature observaient son visage avec effroi. Ils avaient en face d’eux la personne qui allait déclencher le plus grand génocide de tous les temps. Ce dangereux criminel tenait entre ses doigts l’humanité entière et ils ne pouvaient rien faire.

— Évidemment, vous devez penser que je mens ! gloussa le Grand Maître… Alors, ouvrez bien vos yeux, car je vais vous offrir, en avant-première, un petit exemple de ce qui se passera bientôt sur notre terre bien aimée.

— Ce n’est pas nécessaire ! rétorqua la sage Betty Falway. Nous vous croyons sur parole !

Anikeï Bortch invita cependant Number one à leur faire une démonstration. Celui-ci, sélectionna au centre de l’Asie, le QG970.000. Puis, il s’approcha de son supérieur et lui tendit une télécommande…

— Non ! supplia la sage… Je vous en prie !… Ne faites pas ça !

Mais le Grand Maître appuya sur une touche de son boîtier qu’il dirigeait vers la carte de verre. La lumière rouge du QG970.000 se mit à clignoter.

Aussitôt, le sage Vasek Krozek s’empressa d’alerter le comité du QG. Il devait absolument obliger les habitants à quitter le site, sans discuter et de toute urgence. En même temps, horrifiés, les membres du comité suivaient la progression d’un missile téléguidé dont la trajectoire dessinait au-dessus du planisphère une courbe presque parfaite.

À peine le sage Vasek Krozek eut-il établi le contact avec ses dirigeants que la lumière verte remplaça le clignotement, confirmant ainsi que l’arme destructrice avait atteint son objectif. La charge transportée par le projectile venait d’exploser précisément à cet endroit, laissant place à un effroyable cratère d’une cinquantaine de mètres de diamètre. Un véritable trou à la surface de la Terre qui prouvait la disparition du QG970.000 ainsi que de toutes les âmes qui y avaient vécu.

— Voilà comment j’entrevois notre future cohabitation ! conclut Anikeï Bortch, d’une voix grave et glaciale… Ai-je répondu de façon suffisamment claire à votre question ?

Choqués par ces images, les sages étaient incapables de prononcer le moindre mot. La cruauté de cet homme les avait complètement paralysés. Leurs membres tremblaient encore. Ils se sentaient coupables de ce qui arrivait, car ils avaient osé croire enfin en une nouvelle humanité, bonne et généreuse. Leur naïveté et leur optimisme les avaient poussés à leur perte. Un déséquilibré les avait tous bernés en profitant de leur aveuglement. Ils se retrouvaient désormais dans une impasse tragique où ils n’avaient plus qu’à attendre que cet irresponsable décide du moment idéal pour les exterminer.

— Ne pourrions-nous pas trouver une solution alternative ? s’enquit la sage Anouk Simbad auprès du Grand Maître.

Anikeï Bortch éclata de rire devant le robot et Number one, à ses côtés, s’empressa de l’imiter.

— Si ! répondit-il, hilare, en s’approchant encore plus près de GLIC… Je vais me montrer magnanime… Je vous promets solennellement que votre QG sera le dernier détruit pour vous permettre d’admirer et de contempler la disparition totale de votre peuple.

Puis, il tourna la tête et tendit l’oreille devant la caméra du robot.

— Vous ne me remerciez pas ? rajouta-t-il d’un ton sadique. Je n’entends rien ? Comme vous êtes ingrats !

Le Grand Maître se redressa et s’éloigna du robot, abandonnant le comité à son triste sort.

Les sages convoquèrent sur-le-champ leurs proches conseillers et évoquèrent la situation devant eux. Dans le quart d’heure qui suivait, ils votèrent à l’unanimité le déclenchement du plan « OCÉAN ».

 

*

 

Le vrombissement d’un coléoptère ravageur réveilla Uliana Karavitz. Il tournoyait depuis un petit moment autour de leur repaire. Ce scolyte s’intéressait à la partie abîmée du tronc de l’épicéa. Elle lui semblait sans doute propice à la ponte et il souhaitait y déposer ses œufs.

Généralement, cet insecte larguait en même temps des spores de champignons afin qu’elles se développent à côté, sur l’arbre. Cette nourriture servirait par la suite de repas aux futures larves. Après avoir analysé les lieux, il décida de s’introduire dans l’anfractuosité.

Dès qu’il s’engagea dans l’orifice, il aperçut trop tard le piège installé à l’entrée et percuta la toile qu’une araignée avait tissée dans la nuit, pendant le sommeil des pilotes. L’insecte accrocha ses élytres dans la soie collante et s’efforça de s’éloigner de cette emprise infernale qui ne le lâchait plus. Il se démenait pour retirer ses pattes, mais rien n’y faisait. Il dut renoncer au bout de quelques minutes à toutes tentatives d’évasion tellement il était épuisé.

Apparut soudain du haut de la toile, l’intrépide bâtisseuse. Alertée par les vibrations du coléoptère, elle accourut jusqu’à lui pour l’enrober de soie. Le scolyte définitivement ligoté, l’araignée affamée enfonça aussitôt dans son thorax ses deux crochets à venin pour mieux aspirer l’intérieur liquéfié de sa proie.

— Comment allons-nous sortir d’ici ? demanda Uliana, inquiète, après avoir assisté avec dégoût au déjeuner de l’aranéide.

— Nous sommes prisonniers dans cette écorce et les fils de cette toile sont nos barreaux ! ajouta Tseyang. Nous venons de voir en direct quel sera notre sort si nous ne partons pas rapidement… C’est affreux !

 

À la fin de son repas, l’araignée sembla s’intéresser à eux. Elle s’écarta du centre de la toile et s’engagea vers le bas en empruntant les fils secs de sa construction.

— Rejoignons tout de suite nos capsules ! cria Rita à ses compagnons.

Pendant qu’ils couraient vers le fond de la cavité, ils pressèrent les deux premiers boutons de leur tunique « SPICROR », au niveau des manches. Ils devaient au plus vite effacer leurs odeurs et se confondre avec leur environnement.

Ils parvinrent à leurs bulles au moment où l’araignée se glissait tranquillement sous le réseau de fils pour s’introduire dans le creux du tronc. Terrorisés, ils s’enfermèrent à l’intérieur de leurs coquilles et surveillèrent en tremblant la progression silencieuse de l’horrible bête.

Par chance, ils virent apparaître de l’autre côté de la toile, la tête d’un drôle d’oiseau… C’était un pic à dos blanc qui escaladait l’arbre en quête de nourriture. Il scrutait de son œil vif l’intérieur du trou. L’ombre de sa silhouette alerta aussitôt l’aranéide qui se retourna dans sa direction.

Pressentant le danger, elle se recroquevilla et se figea comme une statue pour éviter d’être remarquée. Les rôles étaient dorénavant inversés. L’assaillante devenait à son tour une victime potentielle.

L’oiseau était de la même taille qu’un merle. Sa calotte était d’un rouge très vif et, derrière son puissant bec pointu, se dessinait, sous ses joues d’un blanc sale, une superbe moustache noire qui descendait jusqu’à sa poitrine. Il repéra très vite l’araignée qui était trop grosse pour se camoufler correctement. En une fraction de seconde, le volatile la pinça entre ses deux mandibules et l’arracha de sa cachette pour l’avaler goulûment. Satisfait, l’oiseau quitta le tronc en criant et abandonna le sapin pour rejoindre, un peu plus loin, un arbre mort, étalé de tout son long dans une flaque d’eau. L’appétit aiguisé par cet apéritif, il continua sa chasse en perforant le résineux voisin en décomposition.

Le professeur Boz et son équipe étaient maintenant soulagés d’être hors de danger et se félicitèrent d’être toujours en vie.

— Regardez ! fit remarquer Jawaad à ses amis… Le pic a défoncé la toile de l’araignée… Nous sommes libres !

— Profitons de l’aubaine ! suggéra Diego… Filons d’ici !

 

*

 

Karim Waren essayait de freiner sa marche tandis que les membres du PNC qui l’escortaient le forçaient à avancer. Il tentait de regarder par-dessus les épaules de ses gardiens s’il apercevait une de ses connaissances pour lui faire signe. Son groupe progressait rapidement sur le quai du métro. Les agents de sécurité canalisaient la foule affolée.

Ce personnel veillait à maintenir le calme et à s’assurer que tous les voyageurs s’introduisent sans violence dans chaque « bonbon ».

L’alerte avait été donnée depuis le matin dans tous les QG de la planète. Du coup, les milliards d’hommes-miniature se rendaient vers les aéroports à « scarabées » pour être évacués dans les cités marines avant que le Grand Maître dirige sur eux tous ses missiles.

— Un seul mot de votre part et vous êtes mort, Professeur ! prévint l’un des brigadiers qui encerclaient Karim Waren.

Pour mieux se faire comprendre, il pressa contre son ventre le canon de son pistolet qu’il dissimulait sous une sacoche. Le bonbon suivant finit par arriver et s’arrêta devant eux. Les membres du PNC étaient rassurés de ne plus avoir à attendre, car ils étaient maintenant sûrs de faire partie du nouveau convoi. Dès que les portes des wagons vides s’ouvrirent, ils s’engagèrent avec les autres voyageurs à l’intérieur.

Mais le professeur se retint à la poignée extérieure de l’une d’elles et refusa d’entrer. Surpris, le brigadier le saisit par l’épaule et chercha à le tirer vers lui pour l’insérer dans le compartiment.

— Je ne partirai pas avec vous ! protesta le professeur… Je ne rentrerai pas dans cette rame de métro !

— Allez ! insista le brigadier qui le secouait de plus en plus pour que le professeur lâche la poignée… Ne faites pas l’imbécile !

Pendant que Karim Waren résistait, une sonnette vibra fortement pour prévenir les passagers de la fermeture des portes. Quand elles se rabattirent, les ouvertures butèrent contre le professeur qui resta coincé quelques secondes avant que la sécurité ne se déclenche et que les deux battants ne s’écartent à nouveau.

Au bout de la deuxième tentative, un signal d’alarme retentit et un contrôleur posté sur le quai s’approcha d’eux. Il pensait que le professeur insistait pour entrer dans le wagon alors qu’il n’y avait plus de place.

— Hé, là-bas ! se fâcha-t-il… Vous ne pouvez pas patienter comme les autres ?

Le professeur, ravi que l’agent s’intéresse à lui, s’apprêta à solliciter son aide. Le chef des brigadiers comprit que la situation se compliquait et fit un clin d’œil à ses collègues. Ils réagirent au quart de tour. En quelques secondes, deux d’entre eux écartèrent violemment les portes pendant qu’un troisième mit sa main devant la bouche du professeur pour l’empêcher de parler.

— Au secours ! cria-t-il d’une voix étouffée.

Étonné, l’agent qui était maintenant à leur niveau interpella les brigadiers…

— Qu’est-ce que vous faites ?… Qui êtes-vous ?

Arriva en renfort un quatrième personnage qui s’avança vers lui avec un curieux gant à la main. Il le posa discrètement sur sa poitrine… À son contact, l’agent reçut une puissante décharge électrique et s’effondra sur le sol, paralysé.

Dans la foulée, les quatre membres du PNC soulevèrent le professeur qui ne put résister devant tant de force et fut contraint de se laisser entraîner dans le wagon. Il eut juste le temps de jeter son porte-documents sur le quai avant que les portes ne se referment derrière lui. Sa serviette tomba sur l’agent inanimé.

Le bonbon s’éloigna pour pénétrer dans le tunnel et il disparut définitivement dans l’obscurité de la galerie.

 

*

 

L’ensemble des comités régionaux de la planète géraient le redéploiement de la population dans l’urgence, mais selon un protocole bien défini. Chaque QG devait migrer vers une cité de secours qui lui était attitrée. Cette nouvelle ville flottait dans la mer la plus proche de son emplacement. Pour atteindre leur cité marine, les hommes-miniature devaient rejoindre l’aéroport des « scarabées géants » où se trouvaient des engins capables de transporter des milliers de passagers à la fois.

Cet aéroport était en dehors du QG, à une dizaine de mètres de distance. Pour y accéder, il fallait emprunter, depuis n’importe quelle cellule, un réseau de communication parallèle qui se situait à l’étage inférieur. Cette seule et unique voie de métro était réservée exclusivement à l’évacuation des habitants, en cas de danger extrême.

Les modules « scarabée » avaient été construits selon le modèle des « Dynastes Hercules ». Des coléoptères longs de quinze centimètres qui faisaient partie des plus gros insectes de la terre. Leurs ailes déployées avaient une envergure de vingt centimètres, ce qui était énorme. Les ingénieurs avaient conservé leurs deux cornes antérieures pour bénéficier de l’usage de la pince, apportant ainsi une option supplémentaire d’accrochage en cas de besoin. À l’instar des modules mouche, le compartiment destiné aux voyageurs se situait dans la partie abdominale. Grâce à son volume conséquent, les sièges étaient répartis sur six étages. Chaque niveau pouvant accepter cinq cents passagers.

 

Concentrés sur le bon déroulement des opérations, les sept sages du comité mondial stoppèrent leurs activités pour accueillir le lieutenant Emile Crocus.

— Mesdames et messieurs les Sages, annonça-t-il, je viens vous remettre un document de la plus haute importance. Il s’agit du cartable du Professeur Waren…

— Karim Waren ? Comment est-ce possible ? s’étonna la sage Zoe Duchemin… Cela fait des mois que nous le cherchons, depuis que le PNC l’a kidnappé !

— Effectivement ! reprit l’officier, un de nos agents a été agressé par l’un de leurs membres sur un quai de métro qui conduit à l’aéroport des scarabées. Ils emmenaient le Professeur. Nous avons visionné la séquence vidéo de la scène de violence et nous avons pu le reconnaître sans problème… regardez !

Le film retransmettait l’épisode où Karim Waren refusait d’entrer dans la rame de métro. Apparaissaient ensuite l’agent de sécurité qui s’approchait du professeur puis l’intervention musclée des brigadiers du PNC…

L’enregistrement de l’altercation se terminait sur un cadrage montrant le contrôleur inanimé sur le quai.

— Ces hommes disposent d’un « stun gun » camouflé dans un gant, expliqua le lieutenant… Cette arme produit sur la personne une violente décharge électrique qui paralyse son système nerveux.

— Lieutenant ! conseilla le sage Vasek Krozek, pouvez-vous renforcer la surveillance à l’entrée des modules scarabée pour que nous puissions récupérer le Professeur ?

— C’est déjà fait ! confirma-t-il.

— Que contient sa mallette ? interrogea le sage Huu Kiong.

— Elle renferme des travaux de recherches… mais le plus surprenant est ce message qui était glissé au milieu des documents. Le professeur Waren souhaitait certainement le cacher à ses agresseurs…

— Et que révèle ce message ? demanda à nouveau le sage Huu Kiong.

— C’est pour cela que je suis venu vous voir, répondit Emile Crocus… Ce billet est adressé au comité des sages avec la note « confidentiel ». Le voici…

Le sage Kiong déplia le papier qu’il lut à l’assemblée…

            « Prisonnier du PNC, on attend de moi que je trouve le moyen de permettre aux hommes-miniature de retrouver leur taille d’origine. Le chef de cette organisation s’appelle Anikeï Bortch ou le Grand Maître. Il a le projet de détruire toutes nos villes dans les semaines qui viennent. C’est pourquoi nous rejoignons, avec l’ensemble des espions infiltrés dans tous les QG, une base secrète située en Amérique du Sud, dans l’ancienne ville sacrée inca de Machu Picchu.

            Vous devez absolument fuir nos cités avant que ce fou ne passe à l’acte. Je compte sur vous pour tenter de me délivrer…

            Karim Waren ».

 

*

 

Trois jours plus tard, le lieutenant Emile Crocus se rendit à nouveau au comité. Les sages pouvaient enfin être transférés dans la cité marine, destinée aux habitants du QG.2. Celle-ci se trouvait au large des côtes de la mer Méditerranée, au sud de la France.

— Bonjour, Lieutenant, dit le sage Peyo Bingo, tout en rassemblant quelques dossiers dans son cartable.

— Votre véhicule est prêt, s’empressa-t-il de répondre. Il ne reste plus que vous à devoir quitter le QG.

— Toujours pas de nouvelles du Professeur Waren, Lieutenant ? l’interrogea-t-il.

— Comme vous le savez, dans chaque QG, les membres du PNC s’étaient réservé, à notre insu, un module scarabée. Le Professeur a surement été embarqué dans le module détourné de notre aéroport…

— Oui, rajouta la sage Safiya Armoud… Cette opération d’évacuation devait être planifiée depuis longtemps. Ces modules ont rejoint des bateaux affrétés par leur parti sur différents points du globe et sont actuellement en marche vers les côtes péruviennes… Nous pouvons les apercevoir depuis nos satellites…

— Maintenant que nous avons la certitude que ces espions sont à l’abri, nous pouvons imaginer que la prochaine étape du programme des réjouissances va bientôt nous concerner… Évacuons les lieux avant qu’ils ne déclenchent le processus d’éradication de notre peuple.

Tandis que les sept sages suivaient Emile Crocus vers la sortie, la sage Safiya Armoud se retourna vers le centre de la salle pour contempler une dernière fois ce superbe espace de commandement. Elle s’y était totalement investie, mais elle regrettait profondément de ne pas avoir su être à la hauteur de sa fonction. Elle s’en voulait de ne pas avoir réussi à stopper le PNC à temps.

Alors qu’elle s’apprêtait à rejoindre ses confrères, elle jeta un ultime regard sur l’écran géant qui recouvrait la voûte du comité…

— L’écran ! cria-t-elle, observez l’écran… Là !

— C’est incroyable ! s’étonna le sage Krozek qui venait de se retourner à l’appel de la sage Armoud. Le Docteur Boz !… L’équipe du Docteur Boz est localisée !… Ils se déplacent avec leurs capsules individuelles !… Ils sont vivants !

 

 

Plutôt mourir !

 

         Rachid, Poe et Mattéo n’avaient pas eu à attendre trop longtemps dans le placard à incendie que le passage se libère. L’infirmier, tellement anxieux, avait ingurgité tout ce qui restait de liquide dans la cafetière pour être sûr de ne pas s’endormir. Il s’assoupit dans les cinq minutes qui suivirent et le concert de ronflements qui résonnait dans le couloir leur confirma qu’ils pouvaient déguerpir. Ils décrochèrent la hache du mur pour emporter une arme avec eux et partirent rejoindre Kimbu qui s’inquiétait sérieusement de ne toujours pas les voir…

— Ah, vous voilà enfin ! chuchota-t-il. Mais que faisiez-vous ?

— Nous t’expliquerons plus tard, répondit Rachid, rassuré d’avoir pu ramener ses amis jusqu’ici.

Mattéo suivit son guide sans poser de questions puis Poe escalada à son tour la petite échelle pour s’introduire dans le tunnel d’entretien. Kimbu mit fin à sa surveillance pour les rejoindre et ferma la trappe murale derrière lui.

 

Sous l’effet des somnifères, les deux infirmiers de garde dormaient profondément dans leurs fauteuils. Vers les sept heures du matin, la nouvelle équipe de soignants qui prenait tout juste ses fonctions s’étonna de les trouver ainsi. Elle insista pour les réveiller. Ils finirent par s’arracher de leur sommeil au bout de quelques minutes, à force d’être secoués par leurs collègues.

— Vous êtes complètement épuisés, les amis ! s’exclamèrent, en rigolant, les membres de la relève… La nuit a été si dure que ça ?

— Non… C’est bon ! répondit le premier, les yeux encore dans le vague. J’ai juste un peu mal au crâne…

— Comment vont les jeunes de la chambre n° 3 ? s’inquiéta soudain le deuxième infirmier qui réalisait tout à coup qu’il avait failli à sa mission. Je devais les surveiller toutes les demi-heures !

Il sortit de la pièce en courant et s’engagea dans le long couloir du service pour rejoindre la chambre de Mattéo et Poe. Une fois devant la cloison vitrée, il regarda rapidement s’ils étaient réveillés. Comme il les retrouvait dans la même position que lors de sa dernière visite, il préféra voir de plus près s’ils se portaient bien. C’est à ce moment-là qu’il s’aperçut de la supercherie. Il jeta par terre les couvertures dissimulées sous les draps et alerta ses collègues, fou de rage…

— Ils ne sont plus là !… Ils se sont fait la malle !

 

*

 

Anikeï Bortch écoutait avec attention les explications de Susie Cartoon. Il se réjouissait de cette heureuse perspective : être bientôt à la tête d’une armée de clones…

— Dans combien de temps ces individus seront-ils opérationnels ? demanda-t-il.

— J’ai lancé un premier programme de création pour deux mille clones, répondit-elle… Ils seront totalement efficaces dans six mois.

— Six mois pour obtenir des jeunes, prêts à servir le PNC, s’exclama-t-il. Mais c’est encore mieux que d’élever des bébés pendant des années… Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? C’est formidable !

— Ma collègue Qiao Kong-Leï, rajouta Susie Cartoon, est en train de mettre au point un procédé révolutionnaire qui vous permettra de commander ces clones comme de vrais robots. Qiao est également éthologiste… Elle s’est inspirée du comportement des fourmis pour créer un concept de communication chez les humains comparable à celui de ces insectes… Ses premiers essais sur des mammifères de laboratoire semblent très concluants…

— Que voulez-vous dire ? s’étonna le Grand Maître.

— Le mieux serait peut-être de lui demander de vous exposer ses théories, reprit la responsable. Elle sera sûrement très fière de pouvoir vous en parler de vive voix…

Elle bipa sa collègue pour la prier de les retrouver dans son bureau. Quelques minutes plus tard, Qiao Kong-Leï se présenta dans la pièce. Installé confortablement dans son fauteuil, Anikeï Bortch invita la jeune scientifique à lui faire part de ses expériences…

— La population des fourmis m’a toujours fascinée, avoua Qiao Kong-Leï… Les façons dont ces petites bêtes s’organisent et communiquent pour permettre à leur groupe d’exister sont d’une telle efficacité, qu’elles m’ont incitée à mieux les connaître depuis que je suis toute jeune… Savez-vous, Grand Maître, que les trois quarts de la biomasse des insectes sur terre sont représentés par les fourmis ? Depuis l’origine des temps, les fourmis ont constitué, en parallèle des hommes, un empire colossal… Elles vivent dans pratiquement tous les recoins de la planète, excepté les océans. Elles ont su s’adapter à toutes les variations climatiques et…

— Et alors ? conclut, un peu déçu, Anikeï Bortch… En quoi cela doit-il m’impressionner ? Je n’ai jamais aimé les sciences naturelles, Mademoiselle, aussi… que des fourmis se déplacent sur la droite ou vers la gauche, cela n’a pour moi aucune importance.

— Pourtant, Grand Maître, l’observation de ces insectes sociaux m’a permis d’élaborer une thèse qui pourrait faire de vos clones des êtres exceptionnellement serviables…

— Voilà qui est déjà plus intéressant ! reprit Anikeï Bortch… Continuez !

— Développer l’intelligence des clones risquerait qu’ils se retournent un jour contre vous. En même temps, limiter leur niveau de réflexion pourrait nuire à leur efficacité. Or, la communication des fourmis est basée sur les odeurs, les phéromones. L’émission de ces substances chimiques, selon la formule et l’intensité, stimule les insectes à agir pour le bien de la communauté sans remettre en question l’ordre qu’ils interprètent. Ils accomplissent leurs devoirs en fonction des besoins du groupe auquel ils appartiennent, même s’ils doivent mourir pour cela.

— Le problème, interrompit le Grand Maître désormais captivé par son discours, c’est que nous ne sommes malheureusement pas aussi généreux que les fourmis… L’homme n’a que faire de la communauté !

— Comme le langage, reprit-elle, ces messages chimiques servent à communiquer. Que ce soit pour se reconnaître, s’identifier, appeler de l’aide, indiquer un danger ou bien s’associer pour lutter contre l’ennemi, les fourmis émettent des signaux odorants vers d’autres congénères capables de réceptionner ces informations pour réagir comme par automatisme.

— Stop ! Stop !… J’ai du mal à vous suivre, intervint Anikeï Bortch… Où voulez-vous en venir ?

Susie Cartoon s’immisça dans la conversation.

— Ma collègue cherche à vous expliquer deux choses fondamentales. La première, c’est que l’émission des phéromones peut se faire grâce à des glandes placées dans différentes parties du corps de la fourmi. L’homme n’en possédant pas, nous avons tenté de greffer ces glandes sur des mammifères et ces essais se sont révélés concluants.

— Génial ! s’emballa le Grand Maître.

— Et pour réceptionner ces messages, continua Susie Cartoon, les fourmis disposent d’antennes dont la structure permet de reconnaître la molécule chimique dégagée dans l’espace et de traduire l’avertissement qu’elle transporte.

— Or nous n’avons pas d’antennes, reprit Qiao Kong-Leï, mais…

— Mais quoi ? demanda le Grand Maître impatient et curieux.

— Mais l’homme possède, à la base de son nez, un organe atrophié, spécialisé dans la détection des phéromones… C’est l’organe voméro-nasal. On peut penser qu’autrefois, cette région de notre anatomie était d’une remarquable efficacité, mais l’évolution de notre espèce l’a petit à petit réduit à néant… Pourtant, il existe toujours. Il semblerait qu’au fur et à mesure que le lobe frontal du cerveau humain s’est développé, c’est-à-dire que son intelligence s’est accrue, certaines parties de l’encéphale qui géraient les données sensitives du corps ont diminué. Cette mutation aurait sans doute entraîné l’affaiblissement de notre organe voméro-nasal.

— Les expériences de Mademoiselle Kong-Leï, rajouta sa responsable, ont démontré qu’en stimulant cet organe avec les phéromones produites par les greffons, il retrouvait ses pleines capacités, au détriment du lobe frontal qui lui, par contre, s’atténuait.

— Ce qui veut dire, conclut Qiao Kong-Leï, qu’en formatant nos clones pour communiquer avec des odeurs, leur conscience d’exister pour la collectivité augmente, réduisant ainsi leurs facultés d’analyse personnelles. Ils obéissent à des stimulations et leur cerveau met tout en œuvre pour permettre d’y répondre. Les clones n’ont plus le pouvoir de s’interroger sur le bien-fondé de cette action pour eux-mêmes.

Le Grand Maître ne bougeait plus. Assis dans son fauteuil, il regardait devant lui, les yeux dans le vague. Il semblait ailleurs. Un petit sourire égayait son sinistre visage. Une minuscule larme dégoulina sur sa joue, ce qui le sortit de sa rêverie.

Il se leva alors solennellement et se plaça en face des deux chercheuses qui l’observaient d’un air perplexe.

— Vous allez bien, Ô, Grand Maître ? s’inquiéta Susie Cartoon.

— Si je vais bien ? Mais bien sûr que je vais bien… Je vais même très bien… Après ce que je viens d’entendre, tout va pour le mieux. Une question, tout de même… Ce petit formatage, comme vous le dites, prendra-t-il beaucoup de temps ?

— Comme je vous l’ai expliqué tout à l’heure, répondit mademoiselle Cartoon, les clones naîtront dans trois mois et leur formation au langage des odeurs nécessitera à peu près le même temps. L’avantage de communiquer par les sens est que cela évite le long apprentissage de la parole et de l’écriture. Dans six mois, vos clones seront à votre service… Pourrons-nous compter sur l’aide de la « Brigade Spéciale » pour optimiser notre enseignement ?

— Prévenez-moi dès que les clones seront nés, ordonna Anikeï Bortch. Je vous enverrai Number one, le commandant de la BS. Il sera efficace, croyez-moi… Il en fera de vrais soldats ! En attendant, vous avez carte blanche… Je vous félicite, toutes les deux. Le PNC peut s’enorgueillir de vous avoir parmi les siens… Vos compétences concordent parfaitement à nos projets. Préparez-vous à recevoir une belle récompense !

— Merci, Ô, Grand Maître, répondirent-elles en chœur, fières d’être reconnues à leur juste valeur.

 

*

 

Sur les conseils de CAR2241V, Mattéo profita de la visite du Grand Maître au laboratoire d’expériences cloniques pour tenter de pénétrer dans son bureau. Leur petit groupe devait absolument se mettre en contact avec les hommes-miniature par l’intermédiaire du robot GLIC. Les informer de leur existence était nécessaire. Sans eux, ils ne pensaient pas pouvoir s’en sortir. Ils avaient besoin de leur aide.

Ils avaient donc décidé de quitter Aglaé pour rejoindre la cité d’Euphrosyne par les couloirs techniques. Ce réseau parallèle était une formidable aubaine pour se déplacer secrètement. Toutes les destinations étaient indiquées par des panneaux discrets et ils pouvaient se diriger aisément à travers les trois cités.

CAR6667L, qui faisait partie des équipes de maintenance, avait fourni à chacun la même trottinette que les agents d’entretien utilisaient pendant leurs interventions. Aussi, déambuler dans les tunnels avec ces engins à roulettes devenait désormais un vrai jeu. Ils avaient rapidement trouvé la technique pour se déplacer sans se fatiguer en montant un coup à droite, un coup à gauche sur les parois arrondies des boyaux. Ils gagnaient ainsi de la vitesse et ils n’hésitaient plus à parcourir de grandes distances.

Le serviteur du peuple avait également montré aux adolescents où se situaient les boîtiers qui reliaient les câbles numériques aux caméras de surveillance. Il leur avait indiqué comment les déconnecter temporairement pour s’introduire dans une pièce sans être vus.

C’est à cette tâche que Shad s’appliquait avant d’ouvrir la trappe attenante au bureau du Grand Maître.

— Vas-y ! chuchota-t-il à Mattéo. Les caméras sont coupées.

Mattéo entrebâilla le plus discrètement possible la plaque circulaire en métal et découvrit avec bonheur qu’elle donnait sur une remise et non directement dans le bureau du Grand Maître. Il descendit la petite échelle fixée au mur pour poser ses pieds sur le sol carrelé puis s’avança jusqu’à la porte. Celle-ci présentait dans sa partie supérieure une vitre teintée de forme ovale qui faisait office de miroir du côté opposé. Depuis cette antichambre, on pouvait observer la totalité de la pièce sans être vu.

Sur la gauche, il aperçut un immense planisphère dessiné sur une cloison en verre. Cette reproduction plane du globe terrestre était recouverte d’une quantité de petites lumières rouges disséminées équitablement sur l’ensemble de la surface. Curieusement, une seule, à peu près au milieu de la carte, était verte.

En face de cette projection, trois rangées de chaises étaient parfaitement alignées les unes derrière les autres en prévision d’une conférence.

Un peu plus loin, un coin salon avec canapés et fauteuils en cuir de couleur sombre était attenant à un grand bureau en bois d’ébène. Ce meuble faisait face à une large terrasse couverte, en forme de demi-cercle, plantée dans la falaise. Les imposantes baies vitrées permettaient de contempler la vallée qu’elle dominait. C’est dans cet espace que Mattéo aperçut le robot, immobile et droit.

La salle était vide. Par sécurité, il fit encore un tour d’horizon et prévint ses amis qu’il tentait sa chance. Kimbu prit alors sa place, derrière la porte, afin de surveiller les alentours. Il suivait des yeux son camarade qui, le dos à moitié courbé, longeait les murs comme une souris pour s’approcher de la terrasse.

Quand Mattéo parvint à la limite de la maçonnerie, il n’osa pas s’engager devant le vitrage, de peur de se faire remarquer. Il tenta de faire quelques signes avec ses bras en direction du robot pour lui signaler sa présence…

— Siang !… Regarde ! dit Paméla Scott, interpellant son collègue. GLIC est en train de filmer un jeune garçon dans le bureau du Grand Maître ! Que fait-il là ?

— Comment ? s’étonna Siang Bingkong qui fixa aussitôt l’écran de contrôle… Qui peut-il bien être ?

— Avance-toi vers lui !… Il semble appeler le robot.

Paméla actionna les commandes de l’automate et l’approcha de l’adolescent qui paraissait se réjouir de le voir cheminer de son côté.

— J’envoie un signal d’alerte au comité des sages, déclara Siang Bingkong… Je préviens également Serge Morille !

GLIC stoppa à quelques pas de Mattéo…

Comme il était agenouillé, son visage était à la même hauteur que la sphère sommitale du robot qui contenait les objectifs. Il s’empressa de parler…

— Je m’appelle Mattéo Torino ! Nous sommes des milliers de jeunes capturés par le Parti de la Nouvelle Chance. Une organisation composée de sales brutes… Notre situation est terrible ! Nous avons besoin de votre aide pour nous enfuir !… M’entendez-vous ?

Le comité des sages avait pris le relais de la conversation et c’est le sage Peyo Bingo qui s’adressa à lui. Ses paroles résonnèrent depuis les haut-parleurs d’aigus et de graves, intégrés dans la colonne centrale de GLIC…

— Bonjour Mattéo ! s’exprima-t-il d’une voix douce pour le rassurer. Nous sommes les responsables du peuple-miniature et nous t’apercevons grâce à GLIC qui est notre robot ambassadeur auprès du PNC. Nous sommes au courant de votre situation et nous essayons de trouver un moyen pacifique qui vous permettra de retrouver votre liberté et de venir nous rejoindre…

— Êtes-vous loin ? s’inquiéta Mattéo.

Il s’adressait au robot tout en tournant régulièrement la tête vers les différents coins de la pièce, craignant l’arrivée d’un membre du PNC.

— Nous sommes effectivement à une grande distance, répondit le sage Peyo Bingo, mais grâce à GLIC, nous pouvons rester sans problème en contact avec toi… Par contre, nous avons une base technique beaucoup plus près de votre secteur et nous avons des agents qui gèrent les commandes du robot depuis cette station… Nous allons faire en sorte qu’ils demeurent à vos côtés pour vous aider… D’accord ?

— Je vous en supplie, ne nous abandonnez pas ! insista Mattéo qui comprenait que la conjoncture était plus compliquée que ce qu’il aurait souhaité.

Siang Bingkong lui répondit avec toujours autant de bienveillance…

— Mattéo, tu trouveras une montre-bracelet dans le petit tiroir situé à l’avant du robot… Prends-la, elle te permettra de communiquer avec GLIC à distance. Maintenant, repars te cacher. Nous continuerons la discussion à un autre moment. Nous devons absolument rester en contact… Pouvons-nous compter sur toi ?

— OK ! accepta Mattéo, pendant qu’il attachait le bracelet à son poignet.

 

La pièce devenait de plus en plus sombre, car la nuit commençait à tomber. Mattéo s’éloigna de GLIC et retourna vers ses compagnons en frôlant les murs comme il l’avait fait auparavant. Maintenant qu’il n’était plus éclairé par les baies vitrées, Kimbu le distinguait à peine.

Mais tout à coup, le bureau s’illumina et le Grand Maître apparut dans l’encadrement de la porte. Il aperçut Mattéo qui n’osait plus bouger, surpris par la clarté soudaine, le dos collé contre une paroi de crépi blanc.

Il ne lui restait que trois ou quatre mètres à franchir pour rejoindre Kimbu quand Anikeï Bortch le dévisagea, raide comme une statue. Aussitôt, il l’interpella et hurla pour prévenir sa garde rapprochée. Si Mattéo regagnait le local d’où il venait, la BS découvrirait leur repaire et ils seraient tous arrêtés… Pour sauver ses camarades, il repartit en arrière, vers la terrasse et tenta d’ouvrir la baie vitrée avant que les soldats ne le rattrapent.

Kimbu, désespéré, suivait la scène avec horreur derrière le carreau réfléchissant de la porte et mettait sa main devant la bouche pour ne pas crier. Il vit Mattéo écarter les fenêtres, passer à l’extérieur, monter sur la murette de la terrasse, puis plonger dans l’obscurité en hurlant.

Les gardes arrivèrent sur les lieux et se penchèrent à leur tour au-dessus du vide, pendant un long moment. Finalement, ils rentrèrent à nouveau dans le bureau et fermèrent les fenêtres. Ils annoncèrent au Grand Maître que l’adolescent s’était jeté dans le précipice. Il n’y avait plus rien à faire…

Kimbu, terrifié par cette affreuse nouvelle, fit discrètement marche arrière jusqu’à la petite échelle. Il s’engouffra comme un automate dans le tunnel pour retrouver le reste du groupe qui était en alerte. C’était la première fois que ses compagnons le voyaient pleurer et ils comprirent tout de suite qu’un drame venait de se produire. Encore sous le choc, il s’approcha lentement de Poe… Ne la quittant plus des yeux, il lui prit les mains pour l’attirer contre lui et la serra dans ses bras avec beaucoup de délicatesse.

— Sois courageuse, Poe…, murmura-t-il à son oreille.

En entendant ses paroles, elle recula aussitôt pour fixer son regard et observa avec anxiété le visage grimaçant de son ami…

— Non ! sanglota-t-elle… Ne me dis pas qu’il est mort ? Hein, Kimbu… Il n’est pas mort… N’est-ce pas ?

 

 

Fin du livre 1

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